Divers
manuscrits religieux et philosophiques furent
découverts en décembre 1945 dans
la ville égyptienne de Nag Hammadi. Ces
écrits « cachés » et
non reconnus par l’Église donnent
une image du foisonnement des réflexions
spirituelles au cours des premiers siècles
de l’ère chrétienne.
Les Actes de Pilate (19) rapportent les propos
de Seth « mon père Adam, le premier
formé, sentant sa fin, m’envoya tout
près des portes du paradis ; je devais
prier Dieu de me conduire par la main d’un
ange à l’arbre de miséricorde,
et me laisser récolter de son huile pour
en oindre mon père, et lui rendre ainsi
ses forces ». L’Évangile de
Thomas (Th 22) nous informe que « vous avez
là, dans le Paradis, cinq arbres qui ne
changent ni été ni hiver, et dont
les feuilles ne tombent point : celui qui les
connaîtra ne goûtera point la mort
! ».
Le Livre d’Hénoch (IIe siècle
avant J.-C.), texte écarté par l’Église
en 364 au concile de Laodicée et retrouvé
en 1773, présente lui aussi une version
de l’arbre du paradis terrestre au chapitre
3.1 : « Il avait là aussi l’arbre
de la science dont les fruits illuminent l’intelligence
de celui qui s’en nourrit » (ch.31,3)
; « Il était semblable au tamarin,
et ses fruits d’une beauté remarquable,
(semblable) à des grappes de raisins ;
son parfum embaumait les lieux d’alentour.
Et je m’écriai : quel bel arbre !
Quel spectacle délicieux ! Alors l’ange
Raphaël qui était avec moi me répondit
: ceci est l’arbre de la science, dont ont
mangé ton vieux père et ta vieille
mère ; ses fruits les ont illuminés,
leurs yeux ont été ouverts, et après
s’être aperçus qu’ils
étaient nus, ils ont été
chassés du Paradis terrestre » (ch.31,4).
Le Coran reprend également le thème
universel de la consommation du fruit interdit
et du premier couple chassé du Paradis
terrestre. On retrouve les aventures d’Adam
et de sa femme, dont le nom n’est pas cité,
dans trois sourates ; celles de La vache (II),
Al-A’raf (VII) et Ta-Ha (XX). L’interdit
de l’arbre existe, et l’important
est surtout concentré sur la nudité
d’Adam et d’Ève et de la découverte
de cette nudité. Ici, L’arbre est
celui de la vie éternelle, et le serpent
est remplacé par le Diable.
« Et Nous dîmes : « Ô
Adam, habite le Paradis toi et ton épouse,
et nourrissez-vous-en de partout à votre
guise ; mais n’approchez pas de l’arbre
que voici : sinon vous seriez du nombre des injustes
» (II.35). Puis le Diable le tenta en disant
: « Ô Adam, t’indiquerai-je
l’arbre de l’éternité
et un royaume impérissable ? ».(XX.120).
Puis le Diable, afin de leur rendre visible ce
qui leur était caché — leur
nudité — leur chuchota, disant :
« Votre Seigneur ne vous a interdit cet
arbre que pour vous empêcher de devenir
des Anges ou d’être immortels ! ».
(VII.20) « Tous deux (Adam et Ève)
en mangèrent. Alors leur apparut leur nudité.
Ils se mirent à se couvrir avec des feuilles
du paradis. Adam désobéit ainsi
à son Seigneur et il s’égara.
» (XX.121 et VII.22). GL
Genèse (extraits)
2.8 Puis l’Eternel
Dieu planta un jardin en Eden, du côté
de l’orient, et il y mit l’homme qu’il
avait formé.
2.9
L’Eternel Dieu fit pousser
du sol des arbres de toute espèce, agréables
à voir et bons à manger, et l’arbre
de vie au milieu du jardin, et l’arbre de
la connaissance du bien et du mal.
2.10 Un
fleuve sortait d’Eden pour arroser le jardin,
et de là il se divisait en quatre bras.
2.16
L’Eternel Dieu donna cet ordre à
l’homme « Tu pourras manger de tous
les arbres du jardin ;
2.17
mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la
connaissance du bien et du mal, car le jour où
tu en mangeras, tu mourras. »
2.25
L’homme et sa femme étaient tous
les deux nus, et n’en avaient point honte.
3.1
Le serpent […] dit à la femme : «
Dieu a-t-il réellement dit : « Vous
ne mangerez pas tous les arbres du jardin ? »
3.2
La femme répondit au serpent : «
Nous mangeons du fruit des arbres du jardin.
3.3
Mais quant au fruit de l’arbre qui est au
milieu du jardin, Dieu a dit : « Vous n’en
mangerez point et vous n’y toucherez point,
de peur que vous ne mouriez ».
3.4
Alors le serpent dit à la femme : «
Vous ne mourrez point ;
3.5
mais Dieu sait que, le jour où vous en
mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous
serez comme des dieux, connaissant le bien et
le mal ».
3.6
La femme vit que l’arbre était bon
à manger et agréable à la
vue, et qu’il était précieux
pour ouvrir l’intelligence ; elle prit de
son fruit, et en mangea ; elle en donna aussi
à son mari, qui était auprès
d’elle, et il en mangea.
3.7
Les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent,
ils connurent qu’ils étaient nus,
et, ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en
firent des ceintures.
3.8
Alors ils entendirent la voix de l’Eternel
Dieu et l’homme et sa femme se cachèrent
[…
3.10
…] « J’ai entendu ta voix dans
le jardin, et j’ai eu peur, parce que je
suis nu, et je me suis caché ».
3.11
Et l’Eternel Dieu dit : « Qui t’a
appris que tu es nu ? Est-ce que tu as mangé
de l’arbre dont je t’avais défendu
de manger ? » […]
3.22
L’Eternel dit : « Voici, l’homme
est devenu comme l’un de nous, pour la connaissance
du bien et du mal. Empêchons-le maintenant
d’avancer sa main, de prendre de l’arbre
de vie, d’en manger, et de vivre éternellement
» […
3.24
…] Il chassa Adam ; et il mit à l’orient
du jardin d’Eden les chérubins qui
agitent une épée flamboyante, pour
garder le chemin de l’arbre de vie.
Eléments
de bibliographie
-Boulnois J. -1939 – le
caducée et la symbolique dravidienne indo-
méditerranéenne de l’arbre,
de la pierre, du serpent et de la déesse-mère,
194p., Maisonneuve éditeur, Paris
-Allegro, J.M.-1971- Le Champignon
sacré et la Croix. 297p. Éd. Albin
Michel, Paris
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